LA PRESSE EN PARLE

Le Telegramme - 11/01/2007
Frédéric Le Gall
http://www.letelegramme.com
Télécharger l'article au format pdf :

Dans « Abeilles, l’imposture écologique » (éditions le Publieur), le journaliste Gil Rivière-Wekstein dévoile les dessous de l’affaire du Gaucho et du Régent TS, deux insecticides interdits d’utilisation en 2004 en France sur maïs et tournesol car soupçonnés de faire mourir les abeilles. Fruit de deux années d’investigation, son enquête étayée démontre comment ces deux molécules sont devenues un « bouc-émissaire idéal ».

Vous parlez d’une imposture écologique, pourquoi ?
Parce qu’au nom de l’écologie et en touchant cette fibre sensible on a réussi, au moyen de discours simplificateurs, à faire interdire deux molécules alors que les éléments à charge n’étaient pas si évidents que cela.

Le Gaucho et le Régent ontils été selon vous incriminés à tort ?
Oui, et ce n’est pas moi qui le dis. Des études récentes indépendantes publiées à l’échelle internationale, dont celle du professeur belge Eric Haubruge prouvent que le dépeuplement des ruches ne peut pas être imputé à ces insecticides. En Espagne, la piste privilégiée par les chercheurs est une nouvelle pathologie liée à la présence d’un parasite intestinal jusqu’ici inconnu en Europe : le nosema ceranae. Il n’y a qu’en France que des apiculteurs désignent le Gaucho et Régent comme seuls responsables.

Pourquoi une telle croisade contre ces deux insecticides ?
Au départ un petit groupe d’apiculteurs convaincus que le gaucho était à l’origine de tous leurs maux a réussi à imposer son point de vue en aménageant parfois la vérité. Pour des raisons multiples, idéologiques ou d’opportunité, ils ont été suivis par des chercheurs, des politiques, des militants écologistes. De la droite villieriste à la gauche paysanne, une alliance hétéroclite s’est construite autour de ce combat. Parallèlement, d’autres apiculteurs n’observaient pas de surmortalités alors qu’ils mettaient leurs ruches sur des champs traités au Gaucho. Mais la plupart d’entre eux n’ont pas osé le dire face à l’hystérie ambiante.

Vous dressez un tableau pas très reluisant des pratiques des apiculteurs.
Cette profession est étrangement organisée avec des pratiques parfois douteuses. Cela est due au fait que sur 67.000 apiculteurs, à peine 3.000 sont professionnels ou semi-professionnels. Et même parmi ces derniers, tous n’ont pas la rigueur nécessaire à un métier en réalité très complexe. Comment voulez-vous qu’ils puissent par exemple détecter une nouvelle maladie ? Certains apiculteurs font faire analyser leurs abeilles mortes en Espagne car on ne dispose pas en France des moyens techniques pour le faire.

Quelles ont été les conséquences de cette affaire en France ?
Les premières victimes sont les apiculteurs eux-mêmes. Le fait de suspendre les deux molécules n’a pas changé grand-chose. L’union nationale de l’apiculture française (Unaf) prétend que le cheptel se porte mieux mais ajoute paradoxalement qu’il ne produit pas plus de miel. La seconde victime est l’agriculture puisqu’on lui interdit des nouveaux produits plus respectueux de l’environnement que représentent les enrobages de semences. Cette crise a tellement marqué les esprits qu’aucun homme politique n’a le courage de revenir sur une décision erronée.

Propos recueillis par Frédérique Le Gall



Abeille l'imposture écologique, affaire des insecticides maudits