LA PRESSE EN PARLE

Loiret Agricole et Rural - 30/11/2006

Mortalité dans la ruche, les insecticides coupables idéals

Dans "Abeilles, l’imposture écologique", Gil Rivière-Wekstein montre que le Gaucho et le Régent ont été des boucs émissaires idéals pour remettre en cause le modèle de l’agriculture moderne.

«Rien ne ressemble à une âme comme une abeille, elle va de fleur en fleur comme une âme d’étoile en étoile, et elle rapporte le miel comme l’âme rapporte la lumière», c’est par ce nectar de mots suaves, écrits par Victor Hugo, que Gil Rivière-Wekstein introduit son livre…polémique. Car Abeilles, l’imposture écologique (1) est loin d’être l’ouvrage d’un doux rêveur. Au contraire ! Avec acuité et réalisme, l’auteur montre comment une minorité est parvenue à faire croire que seuls deux insecticides étaient à l’origine de la mortalité brutale des abeilles. Alors que certains apiculteurs parvenaient à récolter jusqu’à 150 kg de miel par miellée, la production du nectar des dieux chute brutalement en 1995 ! C’est l’hécatombe dans les ruchers. « 98 % des gens sont convaincus que le Gaucho et le Régent sont des tueurs d’insectes. Pourtant, les choses ne sont pas si simples, loin de là », explique Gil Rivière-Wekstein, journaliste et rédacteur de la lettre non consensuelle, Agriculture & environnement (A & E). Véritable plaidoyer contre la recherche facile du bouc émissaire, Abeille, l’imposture écologique est une mise en garde contre les discours alarmistes et les raisonnements simplistes.

Idéologie

Porté par son indépendance d’esprit, l’auteur a investigué, sans relâche, pendant deux ans compilant dossiers, compte-rendu, lectures et autres interviews. Passionné par l’environnement et ses problématiques, Gil Rivière-Wekstein prend connaissance de l’ouvrage de Philippe de Villiers, "Quand les abeilles meurent, les jours de l’Homme sont comptés : un scandale d’Etat". Et reste abasourdi face à un « raisonnement si simpliste, attisant la théorie du complot. On était en plein délire !» Alors, il ne lui reste qu’une solution : enquêter. Gil Rivière-Wekstein se heurte d’abord à la complexité d’un milieu apicole peu structuré, contrairement à l’agriculture. Un milieu dans lequel il trouve toutefois des alliés ? des apiculteurs professionnels – prêts à soutenir sa démarche (2). Car les faits sont troublants. Les inhabituelles mortalités d’abeilles déplorées par certains apiculteurs n’ont pas été constatées dans d’autres régions apicoles ou le Gaucho et le Régent sont utilisés. Ces incohérences n’empêchent pas un petit groupe de s’échiner à condamner ces insecticides, en menant des recherches pas toujours très rigoureuses et en alertant les médias. Qui se font largement l’écho de leur opinion.

Corruption

À tel point que le ministre de l’Agriculture de l’époque, Hervé Gaymard, qui craint pour sa carrière, interdit leur commercialisation (3). La France est le seul pays européen à prendre une telle décision. Pourquoi cette polémique n’a-t-elle pas gagné la rive droite du Rhin alors que le Gaucho est justement fabriqué par la firme allemande Bayer ? «L’Allemagne est moins idéologue. Et l’écologie est davantage prise au sérieux que dans l’Hexagone », explique Gil Rivière-Wekstein. En France, «cette affaire permet surtout à quelques personnalités de sortir de l’ombre » : des chercheurs en recherche de notoriété, des politiques en mal de suffrages à la veille des élections européennes, des idéologues écologistes stigmatisant les méfaits de l’agriculture « productiviste ». Alors Gil Rivière-Wekstein, vendu aux firmes, au grand capital ? «Elles n’ont pas besoin de moi pour se faire de l’argent !» On s’en doute. Au-delà, l’auteur récuse le discours selon lequel « les gros », ? les entreprises ? sont corrompus ; les petits – les apiculteurs ? sont des victimes. « Cette affaire met en exergue un véritable problème de société : le fait de vouloir des raisons simples, un coupable idéal ». Bref, à travers ce texte très fourni, parfois complexe, l’auteur lève des préjugés et tente de faire accoucher les âmes vers la réflexion, à l’image de Socrate qui aimait à se délecter de miel….

(1) Abeilles, l’imposture écologique, par Gil Rivière-Wekstein, Le Publieur, 300 p., 2006
(2) Près de 70 000 personnes travaillent dans l’apiculture dont 65 000 sont des amateurs. Sur les 5 000 professionnels, 2 000 d’entre eux ne vivent que du revenu de leurs ruches.
(3) L’auteur s’interroge légitimement sur les motivations du ministre. Est-ce la crainte d’être mise en examen suite à une campagne médiatique incriminant le Régent d’être dangereux pour la santé que le ministre a pris cette décision précipitée ?>



Abeille l'imposture écologique, affaire des insecticides maudits